Textes

Album « Le Témoin »

 

APRES QUOI JE COURS
(Effdé/Effdé)

 
Après quoi je cours dis moi
toujours après le jour d’après
mais quand le jour d’après viendra
pas vraiment sûr qu’il suffira
après quoi je cours dis moi
après quel ailleurs taillé
sur mesure
après quoi je cours dis moi

 

Si les astres sont alignés
si les conditions sont rêvées
si les soucis s’évaporent
enfin je pourrai savourer
il est beau le jour d’après
il promet que tout va finir par rentrer dans l’ordre
à jamais
après quoi je cours dis moi

 

On dit on dit on dit ça
j’en ai bien trop fait c’est assez
on dit ça mais dans les faits
quand surgit le trophée d’après
on dit juste une dernière fois
après celui là promis je serai
apaisé

 

Après quoi je cours dis moi
toujours après le jour parfait
mais quand le jour parfait est là
vient la peur qu’il ne dure pas
et voilà comme il s’en va
et je cours après comme un dératé
hors de moi
J’ai le souffle court dis moi
J’ai le souffle court dis moi
J’ai le souffle court dis moi

 

De quelle couleur est le bleu ?
( Effdé / Effdé )

 
A l’abri du raffut
allongée sur ton raphia
entre deux sommeils tu lis
notre ami Murakami
Hier j’ai cru que le crabe
voulait ta peau
il a fait nuit dans mon ventre
froid dans le dos

 

A quoi bon le lilas
à quoi bon la passiflore
à quoi bon l’oranger
que l’on ne peut partager ?
Je regarde ce bout de terre
nous ressembler
tous les fruits que l’on espère
le soin qu’on y met

 

Ce que nous chérissons
a tout juste l’épaisseur
d’une bulle de savon
et la saveur de la peur
De quel couleur est le bleu
quand t’es pas deux ?
quand t’es là ça vaut de l’or
solo c’est mort

 
THE WITCH
(Effdé/Effdé)

 
Peu m’importent les sons de cloche
les bûchers qui te sont promis
les procès sur le dos
de ta magie

 

Ce qui se dit de ce qui
mijote au fond de ton chaudron
je m’en soucis peu
c’est pas ma guerre

 

Ils font mine que les famines
naissent les jours de tes sarabandes
je crois surtout que
les femmes les minent

 

Tu peux t’envoyer en l’air
avec ton balais
ça me plaît
je crois en ta pharmacopée

 

Peu m’importent leurs minois
les belles endormies
m’ennuient
les sorts c’est toi qui
les choisit

 
FREE SOLO
( Effdé / Effdé )

 

A l’écran il y a ce gars
qui grimpe sans cordes, sans ligne de vie
Il s’appelle Alex tu dis :
« Alex à l’écran a du cran »

 

400 m dessous il y a
celle qui partage sa ligne de vie
ça donne quoi les matins ?
se disent ils à ce soir
si tout se passe bien ?

 

 

On ne sait jamais tu dis
jamais pris dans les bras
on parie qu’il y aura
tant d’autres fois

 
Mais la vie tu crois qu’un jour
elle t’a promis quoi que ce soit ?
que jamais ton pied ne glissera
que ta main jamais ne lâchera ?

 
Tu m’as dit « la vie tu sais
la seule promesse qu’elle puisse nous faire
c’est de cesser d’être à chaque instant
ce qu’elle était l’instant d’avant »

 
On ne sait jamais c’est vrai
on ne s’est jamais dit
tous ces mots que l’on prend
pour acquis

 
J’ENTENDS
(Effdé/Effdé )

 
Tout ce que tu dis
je l’entends je crois
j’essaie de faire une place pour ça
sans l’abîmer sans le maquiller
en quelque chose qui m’épargnerait

 
Il est grand temps de faire une croix
sur l’idée que je vaux mieux que toi
tout intérêt à tirer un trait
sur ce portrait qui m’a tant flatté

 
Tout ce que tu dis je l’entends je crois
j’essaie de faire une place pour ça
on n’a jamais su défaire un noeud
en tirant dessus du mieux que l’on peut

 
J’essaie de faire une place pour toi
laisser respirer
laisser de l’air entrer

 
Le Témoin
( Effdé / Effdé )

 
Tu dis qu’ceci c’est ça
que b et a font ba
et moi j’te crois
parce que
c’est toi

 
Tu dis cours saute respire
couvre toi mange attends
et moi j’te vois
si beau
d’en bas

 
J’t’imite j’t’épate j’te colle
je suis dans tes pattes
j’bredouille des charabias
qui disent tous « j’suis là »

 
Ton ombre est fraîche
en août
elle chauffe les jours
de doute
t’es plus parfait
je sais
je crois

 
Mon nez s’allonge
tu nommes
mes conneries de
jeune homme
et moi je n’y
peux rien
je nie

 
J’t’irrite j’dérape j’tatonne
j’teste nos limites
je m’empare de la barre
je tiens au vent

 
J’te dis que b et a
font ba et tu me crois
parce que c’est lui
qui m’l’a appris

 

 

 

A deux doigts
( Effdé / Effdé )

 
Blanc, tout blanc
il fait
six degrés pile
sous
les normales saisonnières
du jour

 

 

Le thé embue
ta fenêtre, tu dis :
« dehors c’est l’aurore idéale »
tu ris

 
T’aimerais que la neige tienne un peu
cette fois

 
Tous ces ans
tant de fois tu t’es
tenu à deux doigts
d’un bonheur exact

 
Mais que font donc
toujours ces deux doigts
ces sept cm
entre lui et toi ?

 
T’aimerais que la neige tienne un peu
cette fois

 
LE DERNIER MOT
( Effdé / Effdé )

 
J’ai versé le sang pour goûter ton nectar
pour le privilège
d’écrire l’histoire
J’ai sauvé la face j’ai campé position
défendu mon bien
t’étais mon bastion
humilier les uns piétiner tous les autres
louvoyer
tutoyer les bas fonds
pour avoir raison
cher dernier mot
t’as le goût des victoires
sans la gloire

 
T’es mon ossature
t’es ma fuite en avant
tu es mon armure
mon écran géant
quand je crains la honte
quand une gêne monte
quand j’ai peur du noir
t’es mon drôle de phare
mais j’ai beau tout sacrifier sur ton autel
j’attends toujours
un signe en retour
tu n’donnes rien de tel
cher dernier mot
c’est le temps qui t’aura
à la fin

 
Nos intempéries
( Effdé / Effdé )

 
Lui : Viens
ne t’approche pas
ça glisse
ici
tout se délite là
depuis
cette pluie
viens,
prenons le sentier
rentrons
allez…

 
Elle : Viens
ne t’inquiète pas
et suis mes pas
j’aime
repasser par là
faire le détour
me remémorer les
intempéries

 
Elle : c’est
une pente douce
qui se descend sans peine
Lui : c’est un mauvais faux plat à l’heure de remonter
Elle : Mais pas à pas, tu rejoins le sentier …
Lui :…ou pas

 
Lui : Viens
la nuit va tomber
j’ai peur
des ombres
j’en ai vu trop danser
dans ce coin là
pourquoi les inviter
leur tendre
les bras ?

 
Elle : Viens
je les connais bien
d’ailleurs
je crois
que tu les connais aussi bien
que moi
pourquoi les éviter
comme des parias ?

 
Lui :j’me souviendrais même si j’évite ce coin là
Elle : si tu ne passes jamais par là tu oublieras
Lui : je garde sur le sentier le souvenir entier
Elle : …ou pas

 
ROSEBUD
( Effdé / Effdé )

 
Retourne toi
retourne toi encore une fois
laisse moi t’entrevoir
laisse moi te revoir

 
Retourne moi
retourne moi de fond en comble
laisse mon kodakrome
monter en ISO

 
Je cours dans tes jupons
je me mesure à ta cime
je pars pister le renard
retrouver le près
Je t’écoute écouter
les mésanges les merles piailler
tu dis qu’il ne s’embêtent pas
à penser l’après

 
Comme ça m’étreint
comme ça m’est très tendre et chagrin
te laisser derrière
devenir hier

 
ça mériterait
toute la recherche du temps perdu
tu es mon rosebud
mon noyau caché

 
Je t’écoute écouter
les mésanges les merles piailler
tu dis qu’il ne s’embêtent pas
à penser l’après
Je t’entends fredonner
je me demande ce que c’est
que de penser à l’après

 
Je m’en vais demander
au renard à tout hasard
il me dit l’après se cache derrière
un battement de paupière

 
Que tu insistes
que tu persistes sur ma rétine
bien longtemps après
bien après les faits